Codeberg ne veut pas interdire qu'un développeur ouvre Claude à côté de son éditeur. La forge libre pose une limite plus terre à terre : il ne veut pas payer pour stocker, servir et modérer une montagne de logiciels générés que personne ne compte vraiment maintenir.

C'est beaucoup moins spectaculaire qu'un grand « Codeberg bannit l'IA ». Et beaucoup plus intéressant.

Le 23 juillet, l'association qui gère Codeberg a publié le résultat de deux votes internes autour des LLM. Le premier affirme que les données hébergées ne serviront pas à entraîner leurs propres modèles. Le second prépare une modification des conditions d'utilisation autour des projets fortement « vibe coded ». Ce vote-là est passé avec 358 voix pour, 144 contre et 14 abstentions.

Dit comme ça, on imagine déjà un petit robot de modération qui inspecte les commits à la recherche d'une odeur de Claude. Codeberg dit précisément qu'il ne veut pas faire ça.

Le problème commence avant même le code

Dans son texte, Codeberg parle d'abord d'infrastructure. Les crawlers qui aspirent les forges ne font pas toujours un gentil git clone. Ils parcourent aussi des pages de fichiers, des historiques, des variantes de filtres et d'autres surfaces web qui coûtent du calcul et de la bande passante.

Pour une plateforme commerciale géante, c'est une ligne de facture. Pour une association qui fournit gratuitement une forge à la communauté libre, la question devient plus bizarre : pourquoi ses membres paieraient-ils l'infrastructure nécessaire à des entreprises qui viennent aspirer leur contenu ?

C'est leur argument, et il faut le garder comme tel. Mais au moins, il parle d'un coût identifiable. Pas d'une guerre culturelle abstraite entre « vrais développeurs » et gens qui auraient découvert Cursor mardi dernier.

Puis arrive le deuxième coût : le dépôt lui-même.

Produire un outil jetable est devenu extrêmement facile. Lui donner un nom, un README, une icône et l'envoyer sur une forge aussi. Ce qui n'a pas baissé au même rythme, c'est le coût de comprendre ce dépôt, répondre à ses issues, accepter des contributions, vérifier ses licences ou simplement décider s'il est encore vivant six mois plus tard.

Le code est devenu moins cher à produire. L'attention autour du code, non.

Un dépôt public n'est pas automatiquement un commun

C'est probablement la partie du texte de Codeberg avec laquelle j'ai le plus envie de jouer.

On a pris l'habitude d'associer « code visible » et « open source » à une sorte de valeur automatique. Mets le projet sur une forge publique, ajoute une licence, hop : contribution au grand pot commun.

Codeberg conteste cette équation. Un script généré pour résoudre ton problème du mardi, que tu ne reliras jamais et que personne d'autre ne maintiendra, peut être parfaitement utile. Il n'est simplement pas forcément un projet communautaire.

La distinction est saine. Elle existait déjà avant les LLM, évidemment. GitHub contient depuis toujours des cimetières de side projects écrits avec les doigts. L'IA change surtout l'échelle. On peut maintenant produire le cimetière avec une pelleteuse.

Ce qui devient rare n'est donc pas le fichier source. C'est la maintenance, la discussion, le contexte et le fait qu'une personne accepte encore de répondre quand quelque chose casse.

La règle est volontairement moins propre que le slogan

Codeberg ne prévoit pas une suppression massive des projets générés. Ses premières indications épargnent explicitement les projets avec une communauté active, les projets anciens qui utilisent des LLM ponctuellement, et probablement beaucoup de petits scripts expérimentaux qui consomment peu de ressources.

À l'inverse, les projets produits de manière autonome par des agents, maintenus massivement par LLM ou disproportionnés en stockage et CI par rapport au nombre de personnes impliquées pourraient ne plus être les bienvenus.

C'est flou.

Et je préfère presque que ce soit flou.

Une règle parfaitement automatique obligerait Codeberg à définir un pourcentage magique de code humain, à scanner les dépôts ou à faire semblant qu'on sait reconnaître proprement l'origine d'un fichier. On ne sait pas. Eux non plus. Ils assument donc une règle de communauté avant d'en faire une règle de détection.

Ça créera forcément des cas pénibles et des désaccords. Mais le sujet intéressant n'est peut-être pas « combien de code un humain doit-il taper ? ». C'est plutôt ce qu'on attend d'une forge financée comme un bien commun.

Héberger du code n'est plus la partie chère. Décider quel code mérite qu'une communauté continue à s'en occuper commence à le devenir.